Morfin & Ziad

Photo © Félicien Delorme

Séverine Morfin – alto, effets, compositions
Malik Ziad – mandole, guembri, banjo, compositions

Séverine Morfin est altiste, elle vient de la musique classique et officie aux points de contact du contemporain, du jazz et des musiques de création. Malik Ziad joue du guembri, du mandol, du oud et du banjo, et a fait l’essentiel de son parcours dans les musiques traditionnelles du Maghreb, Gnawa et Chaâbi en tête. Ils se sont rencontrés — eux disent « découverts » — en 2021, lors d’une tournée de Piers Faccini, guitariste et auteur de chansons folk ouvertes sur le monde. De cette étincelle inattendue est né le duo Morfin-Ziad.

Situé à l’endroit de rencontre de leurs deux univers, le duo Morfin-Ziad est d’abord une affaire de rencontre, de curiosité. Tout en puisant dans sa propre boîte à outils, chacun fait un pas vers l’autre pour créer quelque chose d’inouï, quelque chose qu’ils ne peuvent que faire ensemble. Malik Ziad se laisse aller à l’improvisation, pratique quasiment inexistante dans les musiques dont il a l’habitude ; Séverine Morfin compose pour le guembri comme si c’était une contrebasse… Leurs instruments respectifs sont étrangéisés, poussés dans leurs retranchements, emmenés à la lisière de leurs possibilités.

Aucune case ne leur correspond vraiment, mais si on devait décrire leur musique, on parlerait de transe ; de rythmiques tendues, hypnotiques ; de montées en puissance ; de mélodies gracieuses, poignantes ; d’alliances subtiles de timbres… Ce qui est sûr, c’est que quand ces deux-là entrent en scène, tout s’arrête. Le temps est soudain suspendu, le silence plus épais. Ils ne sont que deux, leurs instruments sont acoustiques, ils sont à nu, exposés, fragiles. Pourtant leur son est puissant, profond, habité. Résonnant d’une force, d’une intensité particulière. Comme si tout un orchestre résonnait.

La fabuleuse altiste Séverine Morfin dans un nouveau projet, un duo avec le joueur de mandole algéroise et de guembri, Malik Ziad. Cette musique soigne l’âme et le dialogue des cordes est magnétique : ce n’est pas un pas de côté, c’est une fusion. Il y a dans cette musique une vraie volonté de partage qui fait un bien fou en ce bas monde.

Franpi Barriaux

Citizen Jazz

Résonance

Le terme leur convient bien.

Résonance des lieux d’abord. Leur album a été enregistré à l’abbaye de Royaumont, où ils étaient en résidence. Avant ça, le répertoire avait été créé dans une chapelle du XIIIe siècle au festival Jazzèbre. « Un concert magique ! », se souviennent-ils. Pas sûr qu’il ne faille pas les prendre au mot, tant ces deux-là savent capter l’énergie des murs qui les écoutent.

Résonance des instruments ensuite. Alto, guembri, mandol : que des cordes en vibration les unes avec les autres. Le répertoire, très physique voire virtuose, a été écrit moitié par l’une, moitié par l’autre. Au fil des titres, ils balayent tour à tour tout le spectre de l’arrangement : basse, accords, contrepoint, mélodie, chorus, chant, percussion… L’alto va de la contrebasse au violon… Ils se transforment, prennent le rôle de l’autre, se passent la balle d’un dialogue polyphonique.

Résonance de la voix aussi : Malik Ziad chante sur « Parole de sage » un poème d’Abderrahman El Mejdoub qui date du XVIe siècle. On entend également des textes de lui. « Roquia » décrit ainsi une séance d’« exorcisme » à l’arabe — plus ou moins l’équivalent d’une séance de psy en Occident mais avec un côté spirituel en plus —, tandis que « Rituel » raconte un enterrement conduit selon les rites maghrébins depuis le point de vue du défunt.

Résonance des temps, enfin. Quand ils jouent, ils entrent, chacun à sa manière, dans un état de conscience modifiée. Si bien que, malgré leurs différences, c’est tout naturellement qu’ils ont développé un langage commun. Les instruments deviennent des prolongements de leurs corps ; ils sont traversés, parlés par le son. Mille voix chantent à travers eux, comme s’ils devenaient les vecteurs de présences invisibles, immémoriales. Comme si l’indicible du monde prenait corps en eux, et en nous qui les écoutons, à travers les infinies vibrations qui nous transpercent. Dans ces moments-là, la musique devient une forme de transe, un chemin de guérison de l’âme. Qui transforme ce dont nous sommes chargés en beauté.

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